Les raisons de combattre
 


par Robert Martel

Le combat est-il terminé? Ou bien ne fait-il en réalité que commencer?

 " Si le grain ne meurt, il ne peut produire de fruit. "

" Par la seule volonté de quelques-uns, avec la grâce de Dieu, la Contrerévolution a repris en terre d'Afrique la relève des Chouans. Le flambeau n'a pas changé de main, il se perpétue d'âge en âge jusqu'au jour choisi par la Providence pour écraser définitivement la révolte de l'intelligence.

" D'aucuns peuvent triompher et penser que l'échec est définitif, c'est mal connaître la vérité ; certes, le tombeau du Père Charles de Foucauld est resté seul dans les sables du désert, certes la basilique de Notre-Dame d'Afrique s'est estompée dans la brume, mais l'espérance n'en est pas pour autant condamnée et la souffrance aidant donne dès lors à ce combat un sens plus réaliste animé d'une vigueur nouvelle.

" En 1955, lorsque l'U.F.N.A. commença à rameuter les foules et à éveiller les consciences, tout était possible, la France pouvait encore conserver son Empire. La décentralisation des Provinces aurait aisément résolu ce problème, mais la République " une et indivisible " (sic) s'y opposa pour reporter à plus tard sa décentralisation régionale apatride. (Car il ne faut pas confondre provinces naturelles avec régions financières artificielles.) Cela n'est pas une utopie, il faut voir le mal que se donnèrent nos dirigeants et leur puissance de trahison en tous domaines, pour violer les consciences, contraindre les coeurs et inverser les valeurs. Tout l'éventail politique, de la droite à la gauche, est responsable du drame algérien, tous les hommes de parti sont à condamner et, plus encore, ceux qui, sous l'étiquette " Algérie Française ", cachaient en fait leurs intérêts sordides. Le slogan de " liberté, égalité, fraternité ", mal compris et plus souvent volontairement mal utilisé, n'a fait qu'ajouter à cette suite de crimes.

" La liberté ne peut être admise qu'en fonction des devoirs de chacun, non seulement à l'égard de la collectivité humaine mais surtout à l'égard du Créateur. L'égalité est impensable dans un monde où la différence de tout ce qui est demeure la première condition de la vie. Quant à la fraternité, oui, elle pourrait être réalisée sur terre, mais encore faudrait-il apprendre l'amour dès le berceau et comprendre qu'avant tout la charité est l'amour de Dieu.

" Mais dans une société qui favorise le mal, qui nie par son silence prémédité le Dieu Créateur, qui s'acharne avec une hypocrisie sans mesure et avec une haine implacable contre la seule Religion révélée, la Religion enseignée par l'Eglise catholique, apostolique et romaine, il ne peut y avoir de place que pour la violence, l'anarchie, le crime et la guerre.

" Le mot "paix" que les dirigeants du xXe siècle emploient sans cesse comme slogan démagogique au cours de leurs longs discours aussi sonores que creux, n 'est qu'une farce supplémentaire pour mieux trahir les foules conditionnées qui les acclament sans raison. Une Paix universelle qui masque la domination mondiale d'un petit nombre n'est qu'un vaste champ de guerre qui veut régner sur des champs de morts. Cimetières de la "Paix des hommes" ".

" Certes, depuis que le monde existe, les luttes et les guerres ont marqué notre histoire d'atrocités sanglantes et inhumaines, mais au milieu des deuils et des larmes il y avait quand même la foi et l'enthousiasme d'êtres cherchant la vérité au milieu des multiples chardons de la Création. Il existait un sens des hiérarchies, un sens des responsabilités, un respect de l'autorité, et les foules en procession derrière le Saint-Sacrement montraient en elles une forme d'amour et de chaleur que des hommes de qualité pouvaient drainer en vue d'améliorer le sort de chacun. Mais parce qu'il y a eu de mauvais philosophes, de faux intellectuels, des hommes politiques véreux, des loges occultes et des églises préfabriquées par les sectes, il y a eu la République, et cette chose perverse a marqué le début du drame qui engloutit et engloutira demain encore des millions et des millions de vivants.

" Le monde synarchique et messianique que tous les hommes politiques actuels nous préparent ne sera pas. Il ne sera pas, car lorsque l'intelligence déifie le corps elle le condamne. La société humaine est certes libre de se sauver ou de se perdre, mais le jour où la Création elle-même est en danger, Dieu, alors, intervient et, à travers une suite invraisemblable de cataclysmes, sauve son oeuvre. L'homme du XXe siècle a découvert sans doute la possibilité de se détruire et de se perdre, c'est là sa plus triste victoire, mais n'étant pas le principe il ne peut être la fin ; sa folie le conduira au pire, mais le dernier mot appartient et appartiendra toujours à Celui qui est mort en croix pour tous les hommes.

" La France demeure et demeurera la fille aînée de l'Eglise, et sa mission, mal conduite depuis plus de deux siècles, reprendra son vrai cours lorsqu'elle aura purgé tous les crimes dont elle est responsable. Ce n'est pas parce que nous attaquons avec tant de violence et de sincérité la République qu'il faut croire pour autant que nous nous présentons comme les défenseurs de n'importe quelle monarchie de droit divin. Les monstres, tels que Barras, Robespierre, Danton, Diderot, Voltaire, pour ne citer que ceux-là sont issus de certaines cours où l'orgueil était roi et l'injustice reine. La magnifique lignée des Chevaliers nobles ou roturiers, qui firent la France, s'est endormie sur ses lauriers et, par des mariages consanguins ou des privilèges, a favorisé la décadence des moeurs et des esprits, réveillant pour un temps le diabolisme universel qui règne en maître aujourd'hui. L'évolution humaine non dirigée ou plus simplement niée par les princes qui nous gouvernent provoque fatalement des réactions, qui deviennent révolte et tournent à la Révolution. Les monstres engendrent d'autres monstres, qui se nomment de nos jours Charles de Gaulle ou Malraux, ou encore Lénine ou Mao. Voilà le processus infernal. Mais de la République, on ne pouvait attendre autre chose.

" La Monarchie au contraire était branchée sur le surnaturel et c'est pour avoir refusé de voir cela qu'une suite de mauvais rois de droits divins ont conduit Louis XVI à l'échafaud. Depuis, son sang ne cesse de gicler sur le malheureux peuple qui a laissé faire. C'est donc d'une monarchie de droit divin authentique, consciente de ses responsabilités devant Dieu et devant les hommes, que nous nous préoccupons.

" Les courageux amis qui se sont battus à mes côtés durant huit longues années — nous étions seuls contre tous et moi-même, nous avions sentis tout cela dès le début. Notre simple instinct naturel a fait que nous avons réagi dès l'instant où nous nous sommes sentis atteints dans notre chair mais surtout dans notre âme. Mais notre combat était bien trop noble et bien trop pur pour attirer les grands de ce monde, les riches, les politiques. A quelques très rares exceptions près, les gros possédants d'Algérie, colons ou commerçants, sont eux aussi responsables de l'échec provisoire enregistré par la Contrerévolution en terre d'Afrique. Il faut non seulement le dire mais encore avoir le courage de l'écrire, car ce combat ne fait que commencer. Ceux qui prendront la relève, ceux que Dieu suscitera demain pour Sa Gloire doivent l'apprendre et le savoir dès l'instant qu'un homme agit en fonction du rapport financier ou moral qu'il peut en retirer, il est condamné. La ContreRévolution réclame des apôtre, c'est-à-dire des hommes de bonne volonté désireux de faire descendre sur terre la "Paix du Christ".

" Le 13 mai 1958, et l'esprit qui l'animait demeure envers et contre tout, est la réplique, comme nous l'avons montré dans ce livre, au 14 juillet 1789. Ce jour-là, une poignée de braves a frappé mortellement la République. Les années qui ont passé ne doivent pas nous tromper, elle ne se prolonge que dans une atroce agonie. Le 13 mai 1958, la " plus grande victoire de la France" s'est mise en marche, mais l'importance universelle d'une telle victoire ne pouvait se consommer en un jour, elle ne pouvait être totale du premier coup. La blessure provoquée est incurable ; malgré les apparences, la République ne s'en remettra jamais, non seulement celle dite française, mais encore toutes les Républiques du globe, car elles sont toutes fondées sur un laïcisme négateur de Dieu. Si cette agonie parait longue, c'est qu'il faut encore que tous les fossoyeurs, les faux sauveurs, montrent leur vrai visage Non seulement de Gaulle qui incarne en lui les erreurs de Régime, mais aussi ceux qui, tel le comte de Paris, veulent restaurer une monarchie pour mieux tuer la monarchie.

" Tous ceux qui ont voulu, au lieu de s'en tenir à la distinction des pouvoirs, séparer le spirituel du temporel s'apercevront bientôt de leur monumentale erreur, car s'ils s'unissent par Satan et Lucifer, il n'y a aucune raison pour que nous ne plantions pas la Croix... et le Coeur au milieu de leurs perfidies et de leurs désordres.

" L'U.F.N.A. et plus tard le M.P. 13 représentent toute la flamme, tout l'idéal, toute l'espérance d'un peuple qui surgira un jour d'une manière peut-être providentielle et hors mesure pour rejeter dans leur néant les ennemis de la foi et de la civilisation chrétienne.

" En vérité, on ne détruit pas un M.P. 13 comme on dissout un parti ou un syndicat. Le M.P. 13, c'était l'âme du peuple de France et l'âme est éternelle. Le nombre ne signifie rien, les chiffres importent peu, seules comptent la foi ardente et les résolutions dans l'abnégation. La Contrerévolution ne doit pas compter dans ses rangs d'hésitants d'indécis ou des ambitieux avide de places. Il ne doit plus y avoir aucun compromis avec la Révolution, le coeur doit remplacer la haine et l'Amour doit remplacer la gloire. La Croisade qui s'étendra bientôt sur tout l'univers humain réclame des hommes courageux, vrais chevaliers des temps modernes, et ces chevaliers doivent avant tout avoir une âme. C'est l'âme des peuples irradiée par le désir ardent de jeter bas le matérialisme moderne dans lequel les Républicains nous enferment.

"A travers les hommes, un combat formidable s'est engagé entre Dieu et Satan et, malgré le désordre apparent d'une Eglise qui se cherche, nul d'entre nous ne doit douter de la victoire finale, car le Sacré-Coeur mettra un terme à "l'ordre luciférien" qui veut conduire le monde au règne d'un quelconque roi des Juifs !

" O mon pays perdu ! " C'est un général républicain égaré mais courageux qui a pleuré en écrivant cela. Mais même dans cet atroce cri du coeur, il s'est encore trompé.

" En regardant, comme tant d'autres, ma province s'enfoncer dans la brume, je n'avais en réalité qu'une seule espérance et mon cri était tout différent. Tout en récitant ma prière d'homme traqué qui avait tout perdu, je pensais : Je reviendrai. Et il est bien certain que dans le même temps beaucoup de musulmans qui nous aimaient songeaient : Ils reviendront.

" Oui, nous reviendrons ! Les Français d'Algérie ne sont pas des rapatriés, ils doivent en refuser l'épithète. Au même titre que ceux d'Alsace et de Lorraine autrefois, ils sont les réfugiés d'une province martyre et beaucoup retourneront là-bas. Et parce qu'ils auront connu la croix du sacrifice, ils apporteront cette fois avec eux et avec ceux qui les suivront le coeur de l'amour.

" L'indigne hexagone, celui qui a emprisonné et brisé toute une jeunesse avide de grands espaces et d'espérance, ce semeur d'anarchie dans nos universités, ce diabolique générateur de drogue, de vice et de néant, redeviendra la Mère-Patrie. La France, la vraie France, enfin libérée des chaînes maudites du suffrage universel, conduite par des chefs naturels, dirigée par un autre Régime, fera enfin ce que l'ermite du Hoggar voulait qu'elle fît. Reprenant sa mission tutélaire et divine, elle prêchera l'Evangile à toute l'Afrique et le monde entier entendra sa voix, car sa voix viendra de Dieu !

" La Patrie de Saint Louis, la France de sainte Jeanne d'Arc, l'héroïque berceau des Chouans de la Vendée militaire, reprendra sa marche en avant en favorisant la foi qui mêle les âmes et élève les coeurs.

" O ma province trahie ! Terre de nos ancêtres, asile de nos morts, berceau de nos rêves d'enfants, regarde venir vers toi les nouveaux bâtisseurs, vois leurs visages radieux, l'éclair de feu qui traverse leur être ; figures de proue d'une image demain réelle, ils retournent vers toi pour t'aider et t'aimer, ils ramènent avec eux l'Eglise de Jésus-Christ qui, cette fois, ne partira plus.

" Oui ! La fille aînée de l'Eglise, nation élue dont la sainte Vierge est reine, reviendra en terre d'Afrique avec tous ses enfants et comme aux plus beaux temps de sa glorieuse histoire, notre France hurlera à pleins poumons : " Debout les hommes !... Voici la terre promise... Bientôt la Parousie ! "
 

ROBERT MARTEL
chef de l'U.F.N.A, du M.P.13, ancien de l'O.A.S.
cité in LA CONTRE REVOLUTION EN ALGERIE
éditions SADPF, CHIRE-EN-MONTREIL

 
 

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