LE MONT SAINT MICHEL


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La situation géographique de ce petit mont, qui lors des grandes marées semble surgir miraculeusement des flots, le prédestinait à un rôle exceptionnel auprès des hommes.

La baie immense à laquelle le Mont st Michel a donné son nom est parmi les plus belles au monde.

Elle aurait été jadis une immense forêt engloutie par la mer.

La tradition dit que, du temps des Gaulois, le Mont s'élevait au milieu de la "forêt de Scissy", et que la mer était en retrait de plusieurs dizaines de kilomètres par rapport à la situation actuelle.

Toujours d'après la légende, le sol s'affaissa (cela pourrait correspondre à ce que les géologues appellent la "transgression flandrienne") et la forêt, dont l'existence n'a pas été formellement prouvée, aurait été submergée par l'Atlantique.

Selon un manuscrit du XVème siècle, le coup de grâce fut porté par la marée d'équinoxe de 709, particulièrement violente.

A cette époque, celui qu’on appelait encore le Mont Tombe portait déjà un sanctuaire à St Etienne, et l'autre à St Symphorien [1].

Quelques moines y vivaient reclus. Lorsque la nourriture venait à leur manquer, ils se signalaient par un feu de bois. Un prêtre d'un village voisin chargeait alors un âne de vivres, puis l'envoyait seul, à travers bois et champs. Par la grâce de Dieu, l'animal parvenait au monastère et revenait au bourg, en attendant un nouveau trajet.

En 708, Aubert, l'évêque d'Avranches, eut une apparition de St Michel en personne. Celui-ci lui réclamait la fondation d'un sanctuaire qui lui serait dédié. L'ecclésiastique crut d'abord avoir fait un rêve. Le puissant archange revînt le visiter une seconde fois, mais sans plus de succès : Aubert, tourmenté, n'était pas sûr de l'origine, bonne ou mauvaise, de sa vision.

Agacé, Saint Michel apparut une troisième fois à l'évêque, et pour dissiper tout doute, lui perfora le crâne de son doigt ! Aubert survécut et s'attela cette fois sans tarder à dresser le sanctuaire[2].

La création du monastère verra un second miracle.

Un rocher énorme entravait l'avancée des travaux, et nul ne parvenait, malgré les diverses techniques, à le déplacer tant il était lourd. St Michel apparut alors à un père de famille à qui il dit de venir avec les siens auprès du roc. Il s'exécuta et chaque membre de la famille s'évertua à déplacer la pierre, en vain. L'évêque vérifia que la famille était là au complet : il manquait un nourrisson, qu'il fit chercher. Et c'est le bébé qui, tenu à bout de bras par l’évêque, fit rouler le rocher dans un grand fracas, en le poussant faiblement de son pied !

Ne faisant pas mentir la réputation de Saint Michel, le Mont sera le lieu de miracles multiples et variés, dont bénéficieront les pèlerins qui viendront de plus en plus nombreux. L'endroit deviendra le troisième lieu de pèlerinage en Europe après Rome et St Jacques de Compostelle.

A partir de l'an mille, les nouveaux édifices vont se succéder pour répondre à la quantité croissante de moines et de pèlerins.

Au pied du Mont naîtra un village de pêcheurs. Puis il se fortifiera, particulièrement à cause des conflits franco-anglais. Il tiendra sans faillir les sièges tenus par les Godons et résistera aux ravages d’époques marquées par d’incessantes guerres. Par contre, il sera touché par plusieurs incendies.

Les bénédictins établis ici feront un travail de copistes exceptionnel, tant quantitativement que qualitativement.

L'architecture du sanctuaire est remarquable à plusieurs titres.

Les arcs-boutants de l'abbatiale forment une magnifique "dentelle de pierre", et la figure du Dragon (référence au combat de l'Archange) est fréquente sur les reliefs comme sur les gargouilles.

Grandeur et raffinement caractérisent les constructions.

Victime de l’ensablement, du fait de l’activité humaine de ces deux derniers siècles, la baie doit subir d’importants travaux si l’ont veut garder au rocher son caractère insulaire.

Le Mont Saint Michel a exercé une influence considérable sur l'Europe du Nord, jusqu’à l’avènement de l’Age des Ténèbres. Mais sa majesté intemporelle appelle toujours le visiteur à songer aux réalités supérieures.

Un lieu de pèlerinage et d’émerveillement incontournable pour tout Français !

Thierry Boudreaux
Texte tiré de la revue L'Héritage

[1] : Auparavant, il avait servi d’abri à un collège de druidesses. [retour au texte]
[2] : L'église St Gervais d'Avranches possède une châsse contenant le crâne percé de St Aubert. [retour au texte]

 

 
 

 

 

 

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